Ce que les prêtres vivent à Taizé
quatre expériences au service de la formation permanente
Dans la communauté de Taizé, en Bourgogne, deux prêtres catholiques vivent aujourd'hui parmi les quatre-vingts frères qui la composent. Mais c'est un nombre bien plus grand de prêtres que ce petit village accueille chaque année : certains accompagnent des groupes de jeunes, d'autres viennent seuls pour des exercices spirituels. Le soir, après la prière commune, ils restent dans l'église pour écouter des confessions. Ils célèbrent l'eucharistie quotidiennement, en particulier l'eucharistie festive du dimanche matin — une présence pour laquelle la communauté se dit très reconnaissante. Ces prêtres accompagnent aussi les jeunes venus à Taizé bien au-delà de leur séjour, pour que leur pèlerinage porte du fruit dans la vie de tous les jours. Le dimanche, après l'eucharistie, juste avant leur départ, une tradition veut que le prieur de la communauté aille vers chacun d'eux pour le remercier personnellement.
Frère Alois, dans son intervention du mercredi 7 février, a voulu transmettre quatre expériences que, selon leurs propres témoignages, les prêtres font souvent à Taizé — sans prétendre couvrir tous les aspects de la formation continue des prêtres, mais en se limitant à ce dont la communauté peut elle-même témoigner.
Redécouvrir l'amour de Dieu
La première expérience, essentielle, est celle d'une redécouverte de l'amour de Dieu. La surcharge de la vie quotidienne et l'impression de ne pas voir assez de fruits dans le ministère pastoral peuvent ronger la conscience. Une crainte risque alors d'envahir la vie intérieure, reléguant à une place secondaire la joie d'être aimé de Dieu ; la source même d'une vie d'Évangile peut s'en trouver obstruée. Avoir des temps et des lieux pour se ressourcer devient alors une nécessité.
Sans accompagnement personnel, il est difficile de maintenir cette priorité du ressourcement intérieur. Dans une société où le succès se chiffre constamment, l'Évangile appelle à cultiver le sens de la gratuité et à accepter que le fruit du labeur ne soit pas toujours visible ni chiffrable. Répondre à l'appel du Christ, c'est d'abord veiller à toujours retrouver l'émerveillement face à l'amour personnel de Dieu.
La proximité avec les autres
La deuxième expérience est celle de la proximité. À la prière commune, trois fois par jour, les prêtres se retrouvent tout naturellement dans l'assemblée, membres du peuple de Dieu parmi tous les autres. Ils apprécient souvent une liturgie centrée, avec peu de mots, sur l'essentiel de l'Évangile ; le long temps de silence après la lecture biblique permet une assimilation plus profonde de la Parole de Dieu.
Ils se mêlent aux autres pèlerins dans les partages bibliques animés par un frère de la communauté, dans les petits groupes d'échange, et dans les tâches pratiques — la vaisselle, le nettoyage — ce qui réduit une distance parfois trop grande entre prêtres et laïcs. Ensemble, ils font l'expérience d'une vie partagée au quotidien.
En même temps, cette proximité exige un ajustement constant avec une juste distance, apprentissage essentiel à tout ministère pastoral. Le risque d'une fausse proximité est de chercher, plus ou moins consciemment, quelque chose pour soi-même — un « succès pastoral », voire la satisfaction d'un besoin d'affection. Ce besoin est bon en soi, mais il demande une attention particulière : là encore, un accompagnement personnel semble indispensable pour apprendre à tenir le juste milieu entre proximité et distance.
L'écoute comme priorité pastorale
La troisième expérience concerne l'écoute comme priorité pastorale. À Taizé, un moment particulier lui est consacré : la prière commune du soir se prolonge, de nombreux pèlerins restent dans l'église, et certains frères continuent de chanter avec eux, parfois jusqu'à tard dans la nuit. Les chants répétitifs, faits surtout de paroles bibliques, portent cette prière d'adoration, tandis que d'autres frères se tiennent au fond de l'église pour parler personnellement avec qui le souhaite — de brefs entretiens qui touchent souvent des questions existentielles. Des religieuses et des pasteurs participent également à ce ministère d'écoute, tandis que, dans un espace visible et distinct, des prêtres sont disponibles pour les confessions ou des entretiens personnels.
Cette écoute est peut-être l'un des lieux les plus importants de Taizé. Jeunes et moins jeunes cherchent à être accueillis tels qu'ils sont, sans craindre de jugement catégorique. Quand ils trouvent dans l'Église une écoute compréhensive, ils font l'expérience d'y être chez eux — une expérience qui les met, ou les remet, sur un chemin d'Évangile. De tels lieux d'écoute existent déjà dans l'Église, mais il paraît essentiel d'en créer beaucoup d'autres encore, et d'y associer des laïcs, hommes et femmes.
Approfondir la sensibilité œcuménique
La quatrième expérience est celle d'un approfondissement de la sensibilité œcuménique. Il s'agit ici d'écarter clairement un malentendu possible : l'œcuménisme ne conduit pas à un nivellement des vérités de la foi. Dans la communauté de Taizé, frères catholiques et protestants, de diverses origines, vivent ensemble ce que le pape Jean-Paul II a appelé un échange de dons. Cette vie commune conduit à purifier les traditions propres, à mieux distinguer entre la Tradition apostolique et les traditions ou coutumes — aussi bonnes soient-elles — qui s'y sont greffées.
La passion pour l'unité des chrétiens est fondamentale pour la communauté : le Christ a prié pour que ses disciples soient un ; il « est venu rassembler tous les enfants de Dieu dispersés ». Les séparations entre chrétiens obscurcissent la lumière de l'Évangile.
L'Assemblée synodale d'octobre dernier a clairement affirmé l'engagement de l'Église catholique pour l'unité des chrétiens. Le rapport de synthèse évoque un « kairos œcuménique » pour « réaffirmer que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise », et établit un lien explicite entre synodalité et œcuménisme, rappelant que c'est le baptême qui constitue le principe commun de la synodalité et le fondement de l'œcuménisme, puisque par lui tous les chrétiens participent au sensus fidei et doivent, pour cette raison, être attentivement écoutés, quelle que soit leur tradition.
Une communion, encore imparfaite mais réelle, est ainsi donnée par le baptême qui rassemble le peuple de Dieu, corps du Christ. À Taizé, la recherche d'unité a conduit, depuis déjà cinquante ans, à une forme d'hospitalité eucharistique : tous les frères de la communauté communient dans une même foi à l'eucharistie présidée par un ministre catholique, tout en reconnaissant clairement que l'unité de l'Église universelle a besoin d'un ministère de communion exercé par l'évêque de Rome, le pape. Cette manière de chercher et d'anticiper déjà l'unité reconnaît et confirme les prêtres visiteurs dans leur propre ministère. Grâce aux rencontres avec des chrétiens d'autres Églises, ils peuvent aussi réaliser concrètement que « ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise », comme les derniers papes n'ont cessé de le répéter. Il arrive que les prêtres y rencontrent des pasteurs protestants ou des prêtres orthodoxes et découvrent comment ceux-ci vivent leur propre ministère pastoral — rendant plus évidente la possibilité de cheminer ensemble dans bien des domaines.
Quatre expériences, une collaboration
Redécouvrir l'amour de Dieu, vivre la proximité avec les autres, faire de l'écoute une priorité pastorale, approfondir la sensibilité pour l'unité des chrétiens : telles sont donc les quatre expériences que, selon leurs témoignages, les prêtres font souvent à Taizé. Comme frère Alois l'a rappelé, la communauté se réjouit de pouvoir non seulement accueillir, mais surtout collaborer avec les prêtres qui viennent en pèlerinage — car, comme dans tout processus synodal, nous avons besoin les uns des autres.